Chapitre 1
Réveil brutal dans un monde onirique. Je me suis retrouvé projeté 50 ans dans le futur.
Sur le moment, je ne savais plus où j’étais. Mes idées étaient confuses et mon esprit ne semblait plus aussi vif que d’habitude. J’entendais, bien que mal, des cris d’enfants provenant de partout autour de moi. Prenant le temps de bien observer l’environnement dans lequel je me retrouvais, je fis le constat suivant. J’étais assis dans une chaise berçante en bois vernis. Une couverture de laine multicolore et malodorante reposait sur mes genoux. Mon espace vital était réduit à 4m carré et j’étais séparé du monde par de solides barreaux de métal. De l’autre côté de chaque murs de ma cage, des enfants me regardaient et me pointaient du doigt et riant. Un peu plus loin, d’autres cages comme la mienne étaient habitées par des vieillards. Partout, des jeunes, n’ayant aucun parents pour les sermoner, se moquaient de nous.
Je n’étais plus qu’un phénomène de foire. Une anomalie dans un univers de jeunes. Alors que ma fin saurait venir éventuellement et que je n’aurais plus à subir ce triste spectacle, eux avaient l’éternité pour juger.
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C’est en feuilletant L’actualité de ce mois-ci que je me suis décidé d’écrire sur le vieillissement, ou plutôt sur la peur de vieillir. Le titre de la page couverture a de quoi faire frémir: Vivre sans vieillir, c’est pour bientôt! À l’intérieur, nous pouvons lire sur les visions de plusieurs scientifiques (dont un futurologue) quant à l’avenir du vieillissement. Le plus optimiste parmi ceux-ci (un biogérontologue) prévoit que l’espérance de vie va croître exponentiellement dans les prochaines décennies. Cela serait dû aux progrès de la génétique, nanotechnologie et j’en passe. Heureusement, cette théorie ne fait pas l’unanimité. Cet article est suivi de 10 façons de ralentir le vieillissement. À vous de le lire si cela vous intéresse.
Pourquoi cette préoccupation est-elle si présente à notre époque? Est-ce vraiment causé par l’image que véhicule les médias (ils ont le dos large ceux-là) et qui est influencée par la culture occidentale? Mais n’est-ce pas ces mêmes adultes préoccupés qui véhiculent de telles images? Nous sombrons dans une impasse. Cette préoccupation ne provient-elle pas plutôt du fait que notre population est vieillissante (La moyenne d’âge de la population est située à 40 ans environ selon les statistiques du recensement) et que nous attachons trop d’importance aux “progrès”?
Quoiqu’il en soit, puisque je n’en ai pas la réponse et que je pourrais bien spéculer longtemps, je préfèrerais lorgner du côté de la provenance du désir d’immortalité dans l’esprit humain. Pour ce faire, rien de mieux que d’aller voir du côté de la mythologie.
* Petite définition de “mythe”. Selon Marcel Mauss, le mythe est une conception spontanée du monde, perpétuellement en voie de transformation, provenant de la fantaisie collective.
Les mythes peuvent être des récits étiologiques, c’est-à-dire qu’ils tentent d’expliquer un phénomène naturel incompris. Par exemple, le mythe de la tour de Babel en est un puisqu’il donne une explication de la multiplicité des langues. Biensûr, cette définition est simpliste, générale et incomplète, mais elle donne une idée de ce que c’est.
Je vous invite à essayer un petit jeu intellectuel. Si le coeur vous en dit, il s’agit de repérer un mythe dans l’actualité politique, sociale ou culturelle, d’en retracer l’origine et de réfléchir sur comment il est encore présent dans l’inconscient. C’est une belle façon de voir le monde d’un autre angle de vue.
Pour en revenir à nos futurs immortels, cette obsession ne date pas d’hier. Depuis que la conception d’une “vie après la mort” eût apparue dans la conscience des hommes, il est clair que ce désir fut présent. Si je prend l’exemple de mes Grecs préférés, leur conception de l’immortalité consistait à ce que les générations suivantes se souviennent du défunt (suffisait de prononcer son nom au minimum) afin que son fantôme ne sombre pas dans l’oublie. Nous sommes rendu bien loin du culte des ancêtres. Nous pouvons aussi relier cette fixation à la quête des alchimistes d’un élixir de longue vie ou à la fontaine de Jouvence. Bref, les exemples ne manquent pas. L’humanité, dans son histoire, a eu ce désir d’immortalité. Si la nature a décidée que c’est en procréant que cela devrait être fait, que nos gênes perdureraient, j’ai l’impression que plusieurs pensent que ce n’est pas assez.
Il n’est pas étonnant qu’autant de compagnies de cosmétiques s’acharnent à exploiter le filon des “crèmes hydratantes redonnant à votre peau son allure de jeunesse”. Le public en demande et en consomme. Bientôt nous ne verrons plus de têtes grisonnantes (ce serait dommage). Les têtes sont teintes, les visages “liftés”, les corps refaits et les cancers plus gros que jamais. Tout cela parceque la jeunesse c’est dont beau et que la mort est innacceptable. Pour vous laisser sur une note un peu plus positive, je vous ai trouvé un petit souvenir publicitaire des années 90. Ça vous dit?
Oil of Olay, confond les étudiants depuis 1949!

Merci pour cette conception de l’immortalité des Grecs que je ne connaissais pas (pourtant, j’adore les mythes en général et j’aime bien les mythes grecs). Je ne sais pas si tu savais aussi, mais les Japonais croient que notre âme voyage dans nos descendants. C’est-à-dire que peut-être que je suis la réincarnation de mon arrière-grand-père ou mon arrière-arrière-grand-père… Quant au mythe du vieillissement, je crois que tu as raison: la population vieillissante va être importante dans les prochaines décennies et on dirait que pour cacher cet état de fait, il faut cacher les “caractéristiques” du vieillissement. Encore récemment, je tombais sur une pub anti cheveux grisonnants pour hommes… Je rêve ?! Je veux dire, si je me fie à mon père, je devrais commencer à grisonner doucement sur les tempes vers 40-41 ans. C’est quoi, il faut que je me fasse un budget d’avance pour teindre ses vilains cheveux quand viendra le temps ?! En fait, idée qui m’est passée par la tête, mais alors qu’on vend l’idée que seul les “personnes âgées qui n’ont pas l’air de personnes âgées sont heureuses”, j’ai l’impression, au contraire, qu’elles sont vraiment malheureuses. Obligées d’user de 70 crèmes différentes, de Botox et de chirurgies. Désolé, mais à part le fait de se faire dire qu’elles (les personnes âgées) ont donc l’air jeune, est-ce qu’elles sont vraiment si heureuses qu’on le dit ? J’en doute…
Par Alex le juin 16, 2008
à 4:53
Il y avait cette pub d’un organisme qui avait pour but d’amasser des sous pour la recherche sur les maladies infantiles, où ont voyait la photo d’un petit bonhomme qui disait: Vous rêvez de restez jeune, et bien moi je rêve de vivre vieux”
En plus d’être touchant, ça illustrait bien ce nouveau drame social, quand tout se mêle, peur de la mort, volonté de survivre, culte maladif du corps et de l’apparence.
Pour moi, vieillir est un privilège, chaque journée de plus à vivre est un grand bonheur, car on sait tous que l’on a pas véritablement de contrôle là dessus. La vie ne nous doit rien, il faut simplement savoir l’accepter et profiter pleinement de ce qu’elle nous offre.
J’ai cette volonté de vivre toujours, pour voir le monde évoluer, pour contenter mon esprit sans cesse curieux et le partager avec les gens que j’aime… (curieuse également de voir ce qu’ils vont devenir…)
Vieillir c’est aussi ça:
http://regardezlamusique.wordpress.com/2007/12/15/vieillir/
Sans rancune…
Par MFL le juin 16, 2008
à 5:30
@ Alex: Oui, j’ai aussi étudié un peu les croyances japonaises. C’est vraiment fascinant l’importance qu’ils donnaient aux ancêtres.
Effectivement, je ne crois pas non plus que ces gens soient heureux. S’ils l’étaient vraiment et qu’ils acceptaient leur état, ils n’auraient pas besoin de se modifier autant. Embellir l’extérieur pour cacher les bobos intérieurs… je crois que c’est pas mal ça.
@ MFL: Oui, j’avais vu cette publicité. C’était un vrai coup de poing au visage, très fort.
Je suis bien content de voir que des gens de ma génération aient conscience du problème et qu’ils acceptent de vieillir naturellement. Je me vois aussi bien en grand papa et j’ai même plein de projets pour ce moment de ma vie.
Une autre question est apparue dans mon esprit en te lisant, et si les gens oubliaient de profiter de la vie au profit du travail et que ce désir de rester jeune était relié avec cette volonté de rattraper le temps perdu?
Très beau texte en passant. Tu fais preuve d’une très grande sensibilité. C’est super!
Pas de problèmes.
Par mediateurfarceur le juin 17, 2008
à 10:31
“…et si les gens oubliaient de profiter de la vie au profit du travail et que ce désir de rester jeune était relié avec cette volonté de rattraper le temps perdu?”
La question se pose, mais la réponse est ailleurs. On ne peut pas nier que le travail est une partie intégrante de la vie. Dans mon cas, c’est toute ma vie… C’est ainsi que je me réalise et que j’existe! Le problème est que trop de gens se complaisent dans des empois qu’il détestent et qui les rendent profondément malheureux! Souvent (toujours et encore) au nom de l’argent! Si l’argent ne fait, pas le bonheur, que le travail rend malheureux et que tout ce malheur représente une importante partie d’une vie, oui il est possible que certains aient l’impression d’avoir perdu une partie de leur vie! Mais il ne leur appartient qu’à eux de réagir!
J’étudie dans une domaine qui ne me rendra jamais riche, mais les années à venir, par contre seront ensoleillées et heureuses (c’est un choix)!! Chaque instant de vie, chaque seconde… carpe diem!
Par MFL le juin 17, 2008
à 11:06
Bien d’accord avec ta nuance. Subir la partie de sa vie qui serait supposée d’être la plus riche et intéressante… ce n’est pas pour moi non plus. J’ai pas mal la même philosophie. Mon domaine non plus ne me rendra pas riche (monétairement), mais intellectuellement oui. Travailler dans un monde universitaire, avoir la chance de voyager et toujours rencontrer des gens intéressants… c’est une vie qui me plait beaucoup.
Par mediateurfarceur le juin 17, 2008
à 2:04
“Travailler dans un monde universitaire, avoir la chance de voyager et toujours rencontrer des gens intéressants… c’est une vie qui me plait beaucoup.”
C’est exactement ça!! (dans mon cas, j’y ajouterais le besoin de créer, mais la liste est complète!)
Par MFL le juin 17, 2008
à 4:58
Ouais, ça va de soi. Le besoin de créer joue aussi pour une grande part de mon bonheur. J’ai absolument besoin d’alterner entre recherches sérieuses et créations théâtrales (engagées de préférence).
Je me sens moins seul tout d’un coup.
Par mediateurfarceur le juin 17, 2008
à 5:07
c’est TRÈS drôle c’est exactement ce que je fais ces temps-ci
Recherche sérieuse et création théâtrale (expérimental par contre, mais engagée aussi!)
Quand même!!
Belle ironie!
Par MFL le juin 17, 2008
à 5:10
oups expérimentalE…
Par MFL le juin 17, 2008
à 5:11
Ouin ouin ouin… les grands esprits se rencontrent.
Hahaha!
Faudrait que tu m’expliques ce que tu fais plus en détail, ça m’intéresse.
Par mediateurfarceur le juin 17, 2008
à 5:14
Wow ! Effectivement, les grands esprits se rencontrent.
Et je dois admettre aussi que moi non plus, c’est pas où je m’en vais qui va nécessairement être le métier le plus riche, mais je m’en fiche. Moi, je veux être heureux dans mon métier, avoir un petit nid, être en santé le plus possible et en amour. C’est pas mal tout ce que je demande.
Par Alex le juin 17, 2008
à 6:47
Les grand esprits!!
Voilà!!!
Par MFL le juin 17, 2008
à 7:17