INTRODUCTION
…créer. Puis, refermant doucement l’objet de ma longue passion, je sortis, laissa l’air entrer dans mes poumons et regarda droit devant moi.
Telle fût la première ligne que je composai. J’ai fixé cette ruine littéraire, pendant je ne sais combien de temps, en me demandant ce que j’étais en train de faire. Il m’était impensable de commencer un roman de cette façon. Pourtant, j’avais beau réfléchir, seul cette ligne me venait à l’esprit. Je décidai donc de la laisser comme elle était. Obligé par ma créativité, mon oeuvre débuterait par une conclusion. De toute manière, tout commencement porte en lui un potentiel qui grandit ou s’appauvrit tout au long du récit. Il me suffirait de rester conséquent dans mes écrits et de me rendre à la vraie finale, selon l’inspiration. Peut-être comprendrai-je, à ce moment, le dessein de mon esprit. Ensuite, puisque l’imagination me faisait défaut, je me suis avoué vaincu et suis allé dormir.
PREMIÈRE NUIT
Réveil brutal dans un monde onirique. Je me suis retrouvé projeté 50 ans dans le futur.
Sur le moment, je ne savais plus où j’étais. Mes idées étaient confuses et mon esprit ne semblait plus aussi vif que d’habitude. J’entendais, bien que mal, des cris d’enfants provenant de partout autour de moi. Prenant le temps de bien observer l’environnement dans lequel je me retrouvais, je fis le constat suivant. J’étais assis dans une chaise berçante en bois vernis. Une couverture de laine multicolore et malodorante reposait sur mes genoux. Mon espace vital était réduit à 4m carré et j’étais séparé du monde par de solides barreaux de métal. De l’autre côté de chaque murs de ma cage, des enfants me regardaient et me pointaient du doigt et riant. Un peu plus loin, d’autres cages comme la mienne étaient habitées par des vieillards. Partout, des jeunes, n’ayant aucun parents pour les sermoner, se moquaient de nous.
Je n’étais plus qu’un phénomène de foire. Une anomalie dans un univers de jeunes. Alors que ma fin saurait venir éventuellement et que je n’aurais plus à subir ce triste spectacle, eux avaient l’éternité pour juger.
