Les pieds sur un plancher intangible, dansant pour y trouver prise, tout s’effondre sous le poids de mes avancées. Je navigue dans un chaos mental sans certitudes auxquelles me rattacher. Pendant quelques instants j’envie mes prédécesseurs qui, dans leur grande naïveté, osaient prendre point d’appuis sur une idée dure comme le roc sans se soucier de la fragilité de sa base. Plus mon univers s’élargit et que ma compréhension du monde s’enrichit de nuances, plus il m’est difficile de prendre position. Je suis condamné à errer dans une mer de relativité.
J’ai pris conscience que tout est une question de choix, mais que nos choix ne sauraient pouvoir se classer comme bon ou mauvais. Notre monde est celui de petits rois consommateurs, une masse de sur individualisés. Notre pouvoir d’achat de choix avantage un groupe au détriment d’autres.
Dans ce monde, la légitimité est illusoire. Tout est légitime, mais rien ne l’est à la fois. C’est après coup qu’on cherche à prouver qu’on a raison d’avoir agit. Rapport de force oblige, la plus grande gueule a le dernier mot. L’avenir appartient à celui qui sait communiquer.
Je me penche sur ce monde d’animaux sociaux et je me demande: Est-il possible de dépasser cette attitude intellectuelle qui sous tend un éclatement de toutes “vérités” et qui mène à un état d’apesanteur de l’esprit? Est-il réellement souhaitable de s’accrocher à de fausses certitudes (idéologiques, religieuses…) pour ne plus avoir à se torturer l’esprit?
Pour le commun des mortels, ses pensées et croyances sont calquées en bonne partie sur celles de son groupe d’appartenance. À mon avis, cette personne n’est pas libre, mais adaptée à une situation. Tant qu’elle ne se remet pas en question, elle ne ne bouleverse pas l’équilibre de son microcosme. Toutes influences étrangères sont susceptibles de passer dans un processus d’acceptation ou de rejet selon leur capacité de faire sens avec le reste du bagage intellectuel accumulé.
L’acceptation passive des influences n’est pas problématiques en soi. Elle permet de mieux se fondre dans la société qui commande une telle pratique. Nous devons prendre position afin que les rouages du système puissent être en marche. Le problème survient lorsque nous sommes amenés à analyser cette société. Comment y arriver sans être biaisé?
Est-ce qu’il est réellement possible d’être libre? Pas vraiment. L’individus est la somme de ses choix. Même lorsque nous sommes aptes à remettre en question nos croyances et appartenances, nous sommes tout de même influencés par les idéologies dominantes. Notre éducation s’est faite à l’intérieur de la société. Nous avons appris les codes et comment se normaliser. Bref, il faudrait pouvoir rejeter tout, penser d’une façon qui serait considérée comme “alien”, avoir un autre cadre de référence pour pouvoir mieux comprendre notre conduite.
Dans ce cas, je peux toujours me résigner à accepter le système présent. Développer mon individualisme à travers mes choix et décider de me battre pour des idées susceptibles de défendre mes intérêts. Me faire croire que je suis plus “éveillé” que les autres et faire mine de ne pas comprendre comment mes adversaires peuvent arriver à penser autrement que moi. M’indigner quoi! Cette attitude revient à cristalliser mon esprit.
Sinon, je peux aussi subordonner mon individualisme à la collectivité. Penser et agir en conséquence des intérêts communs. Changer d’ordre de grandeur. Replacer l’impact des expériences personnelles dans un contexte plus large. Je ne suis plus un surhomme, mais je m’insère dans un tout où j’ai ma place.
Vivre dans un monde de réalités plurielles, où chaque opinions vaut son contraire, m’irrite. Ce que je sais, c’est que ce serait moins pire si tout le monde arrêtait de vouloir avoir raison. Tirer la couverte vs l’agrandir par ses expériences, pour que tous puissent en profiter.