La malpropreté a toujours été un problème à Montréal. Un reportage sur la présence d’un “dépotoir” à Côte-des-Neiges ou plutôt d’un entassement de déchets domestiques tout au long de l’hiver, m’a fait réfléchir aux solutions pour enrayer ce fléau.
En voyant ce reportage, un vieux souvenir est remonté à la surface de cette grande piscine que j’appelle ma mémoire. Je me suis revu, assez jeune et plein de naïveté. Je devais être encore au primaire à l’époque et j’habitais Saint-Léonard. J’étais habitué de jouer dans ma rue avec les autres enfants des alentours. Puisque les enfants qui jouent en attire d’autres, je connaissais pas mal tous ceux qui vivaient dans mon quadrilatère. Cette rue, et quelques fois ce qui l’entourait, était notre univers, notre terrain de jeu. Ça nous appartenait presque puisque nous l’utilisions abondamment dans nos aventures d’enfants. Je peux alors vous dire que des enfants qui évoluent dans un même milieu deviennent rapidement sensible à celui-ci. J’ai donc pris connaissance très tôt des problèmes de pollution urbaine. Portant, ma rue n’était pas très sale, mais comme je la connaissais par coeur, je voyais plus facilement ses vices cachés. Je m’en rappelle encore, des mégots de cigarettes se retrouvaient souvent dans les interstices des trottoirs. Des papiers, apportés par le vent, traînaient aussi parfois sur les pelouses et sous les automobiles.
Un jour, j’en ai eu marre de devoir jouer sur un sol aussi dégueulasse. J’en avais assez de toucher des cochonneries à chaque fois que je faisais mes pirouettes. Ce jour là, spontanément, je suis monté chez moi chercher un sac vert, des gants et un balais. Je me suis amusé à nettoyer complètement ma rue. Si j’ai agi ainsi, c’est peut-être plus dans un soucis égoïste d’avoir un meilleur environnement que parce que j’étais plus conscientisé que les autres. En fait, je ne sais même pas si c’était réellement conscient. Je l’ai fait, je le sais et ça me porte maintenant matière à réflexion. Comment arriver à porter plus attention à son environnement, même urbain?
Cette réflexion n’est pas obscure, ni impertinente. J’ai réellement l’impression que les gens pensent plus à ne pas polluer dans la nature plutôt qu’en ville. Comme si le béton rimait avec déchets ou bien qu’on s’en remettait à la ville et ses grosses laveuses pour ramasser le tout.
La malpropreté des grandes villes sert souvent d’argument pour dénigrer celles-ci. Je peux comprendre qu’on trouve désagréable d’habiter dans un environnement laid, puant et bruyant. Il y en a qui préfèrent fuir vers un petit coin de paradis, moi j’aime l’urbanité malgré ces quelques désagréments. Je crois aussi que de remettre les causes en contexte pourrait apporter à ces gens un regard neuf sur cette situation. Peut-être que cela permettrait de faire en sorte que ces problèmes soient moindres à l’avenir.
Il est vrai que les banlieues et les petites villes sont souvent beaucoup mieux entretenues. Il est certain qu’un facteur économique entre en compte, le montant alloué à l’entretien d’un secteur et la superficie à nettoyer joue pour beaucoup sur le résultat. Il faut pourtant aussi prendre en compte d’autres facteurs, assez évidents, qui font en sorte qu’on ne peux pas comparer les rues d’une grande ville à celle des banlieues (par exemple): la fréquentation des rues et la taille de la population par km2.
Le problème de la ville de Montréal est que ses quartiers sont beaucoup plus peuplés et que la ville est un centre énormément passant. De ce fait, nous nous retrouvons avec une quantité de déchets provenant d’un plus grand nombre d’habitants, mais aussi d’habitant venant de l’extérieur. À l’inverse, je ne connais pas beaucoup de montréalais qui vont à Repentigny (exemple) pour y jeter des papiers sur le sol. L’attrait touristique est moindre et le simple fait d’être dans un lieu relativement propre incite à faire plus attention. Le contraire est peut-être aussi vrai. Le fait d’être dans un lieu souillé ferait en sorte qu’il est moins contraignant de se laisser aller sans avoir mauvaise conscience. “C’est pas un mégot de plus qui va changer quelque chose” ou “Tout le monde le fait de toute façon” sont des réflexions plus que probables dans ce genre de situation.
La solution à la malpropreté de Montréal passe certainement par la prise de conscience, le civisme et de meilleures infrastructures, mais cela ne règle pas tout. Heureusement, la ville organise un grand nettoyage à chaque printemps, mais ce travail sera toujours à recommencer tant et aussi longtemps qu’il y aura des inconscients.
Tout cela me fait penser qu’il faut aussi apprendre à aimer l’endroit où on se trouve pour désirer en prendre soin.
Ce que je conseillerais, avant tout, à tout le monde c’est de prendre le temps de découvrir la ville. Prenez une marche, l’été, dans ses petites rues tranquilles et regardez les enfants y jouer. Osez lever les yeux et admirez l’architecture diversifiée. Renseignez vous sur son histoire. Allez faire un pic-nique dans un parc, à l’ombre d’un arbre… vous aurez peut-être de la difficulté à trouver un endroit assez propre pour vous y asseoir (tout dépendant du quartier), mais j’espère que cela ne vous découragera pas de continuer à faire votre part.